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Hébergement d’urgence

SDF et salariés en lutte

Salariés et usagers se battent pour la réouverture du centre d’hébergement d’urgence Duranton dans le 15e arrondissement de Paris. Une mobilisation encourageante pour les plus démunis qui occupent le site.


La décision brutale de la Ddass de fermer le centre d’hébergement d’urgence de la rue Duranton, dans le 15e arrondissement de Paris (seule structure de ce type dans l’arrondissement), ne doit rien au hasard. L’insécurité prétextée par la Ddass cache en réalité des mesures de restrictions budgétaires. La mise aux normes du bâtiment, préconisée par la préfecture, triplerait le coût de l’hébergement (50 euros la nuit actuellement). La fermeture de ce centre supprime ainsi 36 places réservées aux plus démunis et met en péril l’avenir de douze salariés. Cela fait pourtant dix ans que ces travaux de rénovation sont nécessaires et que les SDF dorment dans des locaux exigus.

Les usagers et les salariés ont immédiatement réagi à la fermeture en occupant le centre, gérant eux-mêmes son maintien et se mettant en grève. Le collectif de soutien (Attac, CGT, CNT, Comité des mal-logés, LCR, PCF, etc.) apporte une aide matérielle, relaie la lutte et récolte des fonds. La riposte de l’Armée du salut, gérante du site, ne s’est pas fait attendre : mises à pied en vue de licenciement, rien de moins ! Cette attaque n’a nullement affaibli la détermination des salariés, puisqu’ils entament leur troisième semaine d’occupation. L’exigence du maintien du centre a amené les occupants à élargir la mobilisation aux autres salariés et usagers, ainsi qu’à intervenir en direction de la fondation Armée du salut, de la Ville de Paris et de la Ddass. Plusieurs rassemblements ont eu lieu devant ces trois institutions.

À l’Armée du Salut, la mobilisation des salariés des autres établissements est freinée par plusieurs facteurs (contrats précaires, diversité des missions des centres, isolement de la CGT, seul syndicat de la boîte à réagir !), mais la solidarité réussit tout de même à s’exprimer : grèves, interpellations des directions, solidarité financière, pétitions. Il faut obliger l’Armée du Salut, qui joue les victimes, à refuser le diktat de la Ddass, à lever les sanctions à l’égard des grévistes du centre et à s’engager à pérenniser tous les postes existants.

Sous la pression du mouvement, la Ville de Paris (propriétaire des murs) a dû sortir de son silence. Elle assure qu’elle ne fera pas évacuer les lieux par la police. Elle laisse entendre que le centre gardera un caractère social, sans toutefois envisager de prendre ses responsabilités en finançant l’activité du centre et sa rénovation. Du côté de la Ddass, aucune réponse claire pour le moment...

Dès le début du conflit, des questions de fond ont été immédiatement soulevées par les usagers et les salariés. Plus que la défense du centre et de leurs intérêts immédiats, ils ont bien compris que ces structures, qui ont le mérite d’exister, restent cependant des cache-misère, où rien n’est garanti sauf la précarité. Ce sont « des lieux de clochardisation » précise un salarié. Ils remettent en cause la gestion de l’urgence sociale et souhaitent que ces structures deviennent de véritables lieux de vie et de réinsertion. Les exclus ne veulent plus de la gestion comptable de la misère, qui les jette, nuit après nuit, d’un centre à l’autre. Ils posent clairement le problème du droit au logement pour tous.

Aujourd’hui, les occupants exigent des actes, dont le premier est la réouverture immédiate du centre. Plus déterminés que jamais, ils sont conscients que seule la lutte pourra satisfaire leurs revendications. La mobilisation représente d’ores et déjà une grande victoire. À travers elle, les sans-abri et les salariés retrouvent leur dignité. « Maintenant, on est chez nous », dit l’un d’entre eux. Alors, la lutte, facteur de réinsertion sociale ? Cela ne fait aucun doute.

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