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| Accueil >Les Brèves Rouge du XVe >Numéro 5 - Octobre 2003 | ||||
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Octobre 2003
Morts de la canicule :Les gouvernements successifs, responsables et coupablesTémoignage d’un infirmer travaillant dans un hôpital de gérontologie.
« Une horreur, un drame » sont les mots qui reviennent régulièrement dans la bouche de soignants d’un hôpital de gérontologie des Hôpitaux de Paris. En effet, la canicule a emporté cinquante-huit patients dans cet hôpital. Au nom de la rigueur budgétaire nous assistons, ces dernières années, à un démantèlement de la fonction publique hospitalière. En 2000 des dizaines de milliers d’hospitaliers manifestaient pour obtenir… des crédits suffisants pour bien soigner ! A l’époque, Martine Aubry resserre les budgets. Ce sont donc par dizaines de milliers que les hospitaliers vont s’insurger, car les conditions d’hospitalisation sont terribles : pas assez de matériel, pas assez de soignants !!! Pour faire des économies, l’Etat va fermer des Instituts de formation en soins infirmiers (IFSI), où sont formés les infirmièr(e)s et aides-soignant(e)s. Déjà on pouvait prévoir la catastrophe pour les années à venir. 2002 sera le passage aux 35 heures… Surprise, on nous annonce une pénurie de soignants, et pour cause ! Les fermetures des IFSI auront des effets pervers. D’abord directement, car des services entiers, voire des établissements, vont fermer par manque de soignants (alors que le nombre de patients est en augmentation). Ensuite parce qu’une partie des hospitaliers vont s’user, se démoraliser. Certains perdront la vocation, et démissionneront pour changer de métier ou partir dans le privé. Ce qui accentuera la pénurie et n’incitera pas à rejoindre la profession. Imaginez, dans cet hôpital de « géronto », une jeune aide-soignante à qui on explique qu’elle devra faire vingt-cinq toilettes dans la matinée [1]… Les infirmières elles-mêmes se surnomment les « guêpes » : elles rentrent dans une chambre, « piquent » et s’en vont. Plus le temps de tenir la main aux mamies et papis, plus de place à l’humain : il faut faire du soin, des bilans ! Elles sont obligées de mettre des couches à de plus en plus de patients, car elles n’ont pas le temps de les accompagner aux toilettes ! Voici l’état des lieux du "meilleur système de santé" au monde ! Un médecin pour 700 litsPour en revenir à cet été… La gérontologie « rapporte » beaucoup d’argent, alors, malgré un effectif serré, tous les services seront ouverts. En août 2003 ; côté personnel, c’est le désert dans les salles. On voit une seule infirmière pour un étage (440 mètres de long). La canicule s’installe. Il fait entre 35 et 40 degrés dans les services ! Tout le monde souffre : patients et personnels. Des médecins prescrivent des bouteilles d’eau. Elles seront refusées car cela coûte cher ! Il faudra se battre avec le seul directeur présent pour avoir le droit d’en acheter ! Le week-end du 15 août il n’y aura qu’un seul médecin aidé d’internes pour 700 lits ! Pas un membre de la direction ne sera là, alors que des soignants reviendront de leurs congés… C’est une telle horreur que tous les personnels se sentiront touchés. On verra dans les salles, des jardiniers, des secrétaires, etc., enfiler des blouses blanches pour aider leurs collègues soignants. Ils aideront à faire boire, ou à donner à manger. La médecine du travail sera submergée : Les personnels ne tiennent plus ! A l’horreur de la situation se mêlera le sordide… Pour réaliser des économies, l’hôpital à fermé son « amphithéâtre » (endroit où l’on entrepose les morts, plus vulgairement appelé « frigo »). Les pompes funèbres ne peuvent plus « fournir » non plus. Les corps seront entassés dans un camion frigorifique… Alors, fatalité ? Nous pensons que non. Certes, Chirac, Jospin et Raffarin ne sont personnellement responsables ni du réchauffement de la planète, ni de la canicule, quoique les choix anti-écologiques effectués par les gouvernements aient évidemment joué un rôle essentiel. Mais les responsables sont les différents gouvernements, de droite comme de gauche, qui ont sabordé (et qui sabordent toujours) les services publics. Au nom de l’équilibre financier ! Nous l’avons bien vu, il existe des moyens de faire autrement. Ce serait de prendre sur les profits, qui eux, se portent de mieux en mieux. Ce serait cela, construire une société solidaire ! [1] Une toilette correctement faite nécessite de 15 à 45 minutes, selon le malade. |
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