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| Accueil >Les Brèves Rouge du XVe >Numéro 5 - Octobre 2003 | ||||
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Octobre 2003
L’AP-HP : chronique d’une catastrophe annoncéeTémoignage d’un membre de l’équipe médicale d’un hôpital de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP).
Par ce témoignage, ce n’est certainement pas le fonctionnement de l’hôpital que je remets en cause, mais bel et bien les pouvoirs publics qui ne donnent pas à l’hôpital les moyens de fonctionner correctement. Le drame de cet été était, oh combien, prévisible ! D’ailleurs, les moins surpris ont été ceux qui travaillent en milieu hospitalier : nous savons en effet que notre système de santé est en permanence au bord du gouffre, car les restrictions de budget sont telles que la moindre difficulté fait basculer toute l’organisation hospitalière dans l’horreur. Je travaille en pédiatrie aux urgences d’un hôpital parisien. Si les enfants ont heureusement survécu à la canicule, ils en ont certainement beaucoup souffert. Les conditions d’hospitalisation étaient absolument indignes d’une puissance économique mondiale, qui, de surcroît, se targue d’être le pays des droits de l’homme : de tout ce que j’ai pu voir et vivre, ce n’était certainement pas le pays des droits de l’enfant… Bien avant que nous soyons tous surpris par la canicule, il avait été décidé de fermer les urgences pédiatriques de Necker, du 22 juillet 2003 au 15 août 2003 : cela, c’est l’avenir et ça s’appelle la "mutualisation des hôpitaux". Aucune augmentation des effectifs n’ayant été prévue, voilà mon service des urgences promu "tampon" jusqu’à ce que ça explose. Durant cette période, un enfant malade se présentant à Necker était redirigé vers Saint Vincent de Paul. Il se retrouvait là à patienter dans une salle d’attente dont la température ambiante oscillait en permanence entre 36 et 40°. Difficile dans ces conditions de ne pas retrouver ces enfants fébriles : nous l’avons testé, même le personnel avait une température corporelle située entre 38,5 et 38,8° ! En ce qui concerne l’eau, les bouteilles d’eau minérale, que nous aurions pu rafraîchir, avaient été supprimées depuis le mois de juin, par souci d’économie, comme d’habitude ! Les enfants étaient donc, comme nous tous, obligés de boire l’eau tiède du robinet. Le parcours du combattantEnsuite, c’était le parcours du combattant, pour les équipes médicales, afin de trouver un lit aux enfants dont l’état nécessitait une hospitalisation. La cause : les fermetures de lits estivales par manque de personnel et de moyens. Quelle colère me submergea quand j’entendis Jean-François Mattei, ministre de la Santé, accuser les 35 h d’être responsables des fermetures de lit. Encore une fois, il choisissait de faire porter le chapeau au personnel hospitalier, au lieu d’assumer sa politique. Mais cette situation est loin d’être nouvelle : lui et ses prédécesseurs n’ont pas attendu les 35 h pour préférer fermer des lits plutôt que d’augmenter le budget de la santé. Ce n’est que le 20 août, la canicule déjà terminée, que nous avons vu sortir des placards les ventilateurs de l’administration, et puis, comme pour se rattraper, des brumisateurs. Enfin, on nous livra… des bâtonnets glacés. Des esquimaux à la fraiseMessieurs les politiques et les dirigeants hospitaliers, décidemment on a du mal à se comprendre : ce ne sont pas des esquimaux à la fraise qui peuvent nous faire oublier ces trois semaines de cauchemar. Oui, vous êtes responsables et coupables du démantèlement de l’hôpital public ! Et nous, citoyens, nous avons le devoir de vous empêcher de nuire. Derrière ma colère, il y a aussi des moments de découragement, surtout quand je pense à tous mes collègues qui n’ont pu qu’assister impuissants à la mort de nos personnes âgées. Pourquoi sont-elles mortes ? Parce qu’il a fait trop chaud. Et nous ne savons pas prévenir les coups de chaleur ? Bien sûr que si, encore faut-il en avoir les moyens. Et quels moyens ? Ceux-ci : C’est ce qu’on appelle tout simplement un "service public". J’aimerais bien que tout cela ait servi de leçon : dans un mois commence l’épidémie de bronchiolite, chez les tout-petits, et si rien ne change, nous nous retrouverons de nouveau au bord du gouffre. |
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