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| Accueil >Les Brèves Rouge du XVe >Numéro 2 - Décembre 2002 | ||||||||||
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Décembre 2002
Imprimerie nationaleSauver la façade pour sauver la face
Gutenberg ne veillera plus longtemps sur la rue de la Convention. Nous sommes bien sûr chagrinés de voir disparaître un espace vert et un bâtiment vieux de près d’un siècle au cœur de notre arrondissement. Nous aurions évidemment préféré que le patrimoine public ne soit pas cédé à une société privée, dans l’unique but de réaliser une juteuse opération immobilière (40 000 m² en plein Paris ont le mérite d’aiguiser bien des appétits). Nous aurions souhaité que la municipalité exerce son droit de préemption sur ce site et impose, ici comme à Boucicaut, des logements et des équipements à caractère social. De plus, nous comprenons mal que les timides interventions de la municipalité (majorité comme opposition) ne soient axées que sur la défense de "la façade" qui n’a pas été classée à temps au patrimoine. Qu’en est-il des personnes qui travaillent encore dans ces murs ? Pour comprendre les déceptions et les craintes des 850 salariés du site de Convention de l’Imprimerie nationale, il faut revenir un peu en arrière. Jusqu’en 1998, l’Imprimerie nationale (IN) semblait plutôt bien vivre sa transition statutaire. De société de service public, elle était devenue, au début des années 90, une société de droit privé, l’Etat étant resté le seul actionnaire. L’IN conservait évidemment la richesse de son savoir-faire et de ses collections [1], même s’il lui fallait dorénavant compenser cette activité "non rentable". Evidemment, il est rare qu’un ouvrage d’art soit rentable. Pour satisfaire aux "besoins" de sa clientèle, elle investit dans une rotative flambant neuve : la "Dix Couleurs". L’installation rue de la Convention de cette ultime acquisition du parc de machines de l’imprimerie prouve que le site est bel et bien adapté à la nécessaire modernisation des outils de production. Mais la direction de l’Imprimerie, nommée par le ministère des Finances à Bercy, voit les choses différemment. Manifestement elle sent qu’il y a de l’argent à gagner par le biais d’une "délocalisation", alors que le marché de l’immobilier parisien connaît un vrai boom. En effet, selon Jean-Luc Viala, PDG de l’IN, interrogé par Le Monde le 15 novembre 2001, la cession du parc immobilier doit rapporter "plusieurs centaines de millions de francs". Il "fallait" donc déménager. Cette nécessité a été présentée aux salariés en même temps que les piètres résultats de l’entreprise. Constatant que France Télécom (qui dépend aussi en grande partie de Bercy) lui avait subitement retiré son immense commande annuelle d’annuaires, irrité par tous ces ministères qui allaient de plus en plus voir la concurrence, le personnel n’a pu qu’entériner la décision de la direction. Les salariés ont donc accepté de déménager. Le site est aujourd’hui vendu à une entreprise privée, Sari, filiale de Vivendi, "pour quelques dizaines de millions d’euros". Il n’y aura évidemment aucun logement social. Depuis cette vente, les salariés déplorent une présentation partielle (partiale) de la situation de l’entreprise : en effet, l’Etat possède une ardoise de 90 millions d’euros à l’IN. Dans un communiqué paru cet été, un collectif syndical dénonce la démission de l’Etat et plaide pour qu’il "continue d’assumer son rôle d’actionnaire et que des mesures soient prises pour préserver et développer le caractère public de cette imprimerie". On connaît les dommages collatéraux de toute délocalisation. L’Etat doit aujourd’hui prendre des engagements fermes dans ce processus, de manière, non seulement à préserver l’emploi, mais également à développer les investissements, notamment humains, nécessaires à la vie de l’une des plus grandes imprimeries d’Europe. Ce n’est pas en voulant sauver uniquement la façade que les pouvoirs publics sauveront la face envers les salariés de l’Imprimerie nationale. [1] Créée en 1640 par Richelieu, l’Imprimerie nationale possède des collections inestimables. Poinçons d’acier servant à l’impression (dont les plus anciens remontent à François Ier), idéogrammes chinois gravés sur bois : ce sont plus de 500 000 pièces, toutes classées Monuments historiques. Pour en savoir plus : "Cabinet des poinçons" sur le site internet de l’Imprimerie nationale. |
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